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Aux confins des vergers...

28 mars, par Nico

En pleine période de confinement mondial, nous nous confinons nous aussi à notre métier de base, agricole, de production.

C’est donc de façon assez paradoxale au vu des directives actuelles, mais en toute légalité au vu de notre métier d’agriculteur, et sans aucune prise de risque ni pour autrui ni pour nous-mêmes, que nous continuons à travailler, et beaucoup en extérieur, dans les vergers en ce moment.

On aurait préféré être confinés en hiver (qui cette année aura duré pour nous du 13 septembre au 12 mars, en gros...) quand il tombait des cordes et que nous pataugions dans la boue pour ramasser nos pommes jusqu’à la dernière ), mais bon...
(Je vais vraiment finir par le faire, cet article sur la loi de Murphy, c’est promis !)

Tiens et ce coup-ci, je vais tester un truc : je vous propose une petite balade sonore dans un des vergers, vous pouvez lancer la lecture et continuer à lire le reste de l’article, en espérant que ça retranscrive un peu l’ambiance printanière (il faisait beau, 16°c environ, il était 12h30)... L’enregistrement n’est pas exceptionnel, on entend un peu le vent, désolé pour cette fois-ci, mais je vais m’équiper et j’espère pouvoir vous proposer bientôt des petits reportages audio.


Et voilà le plan de la balade audio :

Avouez que vous vous repérez mieux avec, hein ?...

Il se trouve que nous attendions depuis des semaines une amélioration des conditions météo pour pouvoir lancer notre chantier de plantation 2020, et que le printemps est arrivé pile au moment où on nous demande de ne plus sortir, pour coroner le tout...

Oui mais voilà, certains chantiers agricoles ne peuvent se repousser, planter le 20 mars c’est déjà tard, mais dans un mois nous aurions été hors-délai.

Les arbres que nous plantons arrivent "racines nues", c’est à dire qu’ils ont été arrachés chez notre pépiniériste et immédiatement livrés par ses soins chez nous le lendemain ou surlendemain. A l’arrivée, nous les mettons "en jauge", c’est à dire confinés (eux aussi) tous ensemble avec les racines recouvertes de sable ou terreau, afin de préserver une humidité constante à celles-ci, et éviter à tout prix leur dessèchement.

Le maintien "en jauge" peut durer quelques semaines, en période de dormance, tant que la végétation ne repart pas.

Mais fin mars, toutes les plantes sont dans les starting blocks, un peu comme si les JO avaient lieu cet été... Les poiriers sont en fleurs, les variétés les plus précoces de pommes partent également.

Nos arbres ont donc besoin d’être très rapidement implantés à leurs emplacements définitifs pour que l’activité racinaire puisse reprendre et qu’ils puissent s’installer sereinement, sans risquer la rupture que provoquerait un déplacement de l’arbre alors qu’il aurait déjà repris à un emplacement non définitif... que cette phrase est longue 8 verbes, dont 3 conditionnels, 2 participes passé, peut-être même des COD des COI (je ne sais pas, on ne généralise pas le test), des subordonnées relatives, etc...

Voilà pour notre maigre contribution aux cours en ligne de français...

"On l’emmerde Baudelaire, moi j’veux des phrases courtes"...

(Une bouteille de cidre offerte à celle ou celui qui me trouve la référence cinématographique associée à cette citation (titre du film + acteur + situation à laisser en commentaire)... (Famille exclue, parce que bon, c’est trop facile, sinon... en plus je vous en ai déjà donné il n’y a pas longtemps, des bouteilles !...) .

Voilà, c’est le problème quand tu commences un article, que tu l’enregistres et que tu y reviens après, je ne sais plus où j’en étais... Je vais être obligé de me retaper la lecture depuis le début, allez je m’y mets...
...
Ok je n’ai pas dit grand chose, et c’est déjà super-long. Si c’est trop relou, vous faites comme moi, vous regardez juste les photos, et puis c’est marre... Sachant qu’au moment où j’écris, je n’ai pas encore mis les dites images ;... ah ah, c’est bizarre, hein ?... Et si je mets cette photo là, de moi en train d’écrire l’article que vous verrez fini, là, on passe carrément dans de la mise en abyme, non ?...

J’arrête avant la surchauffe de cerveaux (du mien surtout).

On a planté donc, du 16 au 24 mars, le temps sec et ensoleillé à permis aux terrains de s’assainir, et à nous, de ne pas planter dans une terre trop humide, ce qui provoquerait des phénomènes d’asphyxie racinaire.

Une fois que l’arbre est planté, le problème s’inverse, l’eau, en excès, dont on se plaignait la veille devient un besoin indispensable à une bonne reprise de l’arbre. Des pluies régulières et en quantité suffisante (allez on va dire que 20-30mm tous les 15 jours serait le top) assurent la bonne reprise du plan.

Si le temps se met vraiment au sec, comme cela à l’air d’être le cas, nous serons obligé d’arroser et ce jusqu’à la fin de l’été si besoin, et ça, c’est du boulot en supplément pour nous évidemment, mais c’est surtout encore une des innombrables manifestations de la loi de Murphy (je vais l’écrire, je vais l’écrire !!...). Pour l’instant, on attend encore un peu, mais je pense que nous n’y couperons pas

Pour réviser la partie "technique" de la plantation, vous pouvez relire cet article et cet article.

La plantation, et donc l’urgence, terminée, et le beau temps sec semblant persister (vous avez vu comme on prend des précautions avec la météo maintenant ; avec des "verbes-barrière", et une distance minimum d’1m avec les prévisions ?...) ; nous essayons en ce moment de rattraper en quelques jours notre retard de taille dans les vergers.

Petit rappel :

  • Tout le verger est taillé (dans l’idéal) tous les ans en hiver, pendant le repos végétatif
  • La taille de formation (les 4-5 premières années) permet de donner sa forme à l’arbre
  • La taille d’entretien (toute la vie de l’arbre) élimine les branches abimées/cassées, et maintient l’harmonie de la forme et l’aération du feuillage de l’arbre.

Nous avons les deux tailles à faire, d’entretien sur les vergers adultes, de formation sur les jeunes vergers. La tâche est agréable, c’est un moment que j’apprécie particulièrement, on est en pleine nature, en "face à face pédagogique" avec l’arbre, on échange, on s’adapte, on décide des choses, on recherche une forme, une harmonie, une élégance.

Je ne pense pas personnellement "tonnage de fruit" à ce moment là, j’essaie de comprendre les besoins de l’arbre en le dissociant de son activité de production, car sinon, j’ai tendance à être trop timide (on l’est souvent trop, de toute façon), et à ne pas tailler suffisamment.

De toute façon il faut bien comprendre que la taille telle que nous la pratiquons a pour but d’équilibrer l’arbre, de l’accompagner dans son développement, mais n’a pas d’objectifs de régulation de la production en fruits. Ça, c’est le rôle de l’éclaircissage, qui consiste à sélectionner les fleurs et/ou les fruits à conserver, et à éliminer les autres ; avec un double objectif :

  • Des fruits de calibre supérieurs (et oui, moins de fruits, donc plus gros)
  • Un lissage du phénomène d’alternance (en limitant la production l’année forte, l’année suivante est moins maigre, l’alternance est moins marquée).

La taille et l’éclaircissage sont donc deux notions bien distinctes, avec des objectifs différents. Néanmoins, la taille influence quand même indirectement la fructification de l’année à venir, car en enlevant du bois, on enlève forcément des fleurs (et donc des fruits !) potentiel(le)s.

La taille c’est aussi, je trouve, un moment introspectif, où on réfléchit à ce que l’on fait, bien sûr mais aussi plus globalement au sens des choses, à la cohérence de nos pratiques, à nos objectifs personnels et professionnels, à notre place dans cet écosystème...
(c’est la partie philosophico-mystique de l’article, avouez que vous ne l’aviez pas vu venir, celle-ci, si ?!...)

Les questionnements sont nombreux et peut-être encore plus cette année...

Les pieds sur la terre, la tête levée vers le ciel, et en cette période si particulière, ce printemps, les seuls bruits de la nature, plus ou peu de voitures, et pas un avion dans le bleu au dessus de nos têtes...

Arrivera-t-on à se souvenir, la crise sanitaire passée, qu’un sursaut mondial est possible, en très peu de temps, en y mettant les moyens ? Saura-t-on faire de même, avec la même force et urgemment sur les enjeux environnementaux et climatiques ?...

(et ça, c’était la partie militante et ma vision des choses, celle-là, vous avez du la sentir venir...)

En tout cas, j’aime bien tailler, regarder un arbre avant, tourner trois fois autour avant d’attaquer, l’imaginer avec cette ou cette branche en moins, ressentir les équilibres, voir transparaître sa nouvelle silhouette à travers l’actuelle. Et découvrir un nouvel arbre, un port équilibré, une élégance quand on a bien réussi son coup, c’est une expérience unique et enrichissante à chaque arbre.

La taille c’est aussi un éloge de la lenteur et du travail sur la durée. Pour rattraper un arbre abimé par exemple, on pourra avoir un objectif de rééquilibrage sui prendra plusieurs années à atteindre, on ne pourra pas tout faire en une fois, et une année de pousse amènera d’autres branches, dont nous pourrons nous servir alors pour orienter notre travail...

Tout ce que je vous dis sur la taille, là, ça n’engage que moi, je m’appuie sur des principes de bases simples (lumière, équilibre, forme, élégance) j’ai ma façon de faire, je l’explique, elle est cohérente de mon point de vue, mais ce n’est pas la vérité.

Je pense qu’il y a autant de façon de tailler que de tailleurs, et que chacun a une affinité particulière avec ses arbres et travaillera en fonction !

Je retourne dans les vergers, tenter de finir le boulot, profiter aussi des belles lumières du printemps sur les gelées blanches du matin, discuter avec les arbres.

Portez-vous bien d’ici là, et à bientôt !

Vos commentaires

  • Le 28 mars à 22:14, par David En réponse à : Aux confins des vergers...

    J’adore, merci de m’avoir fait voyager avec votre article👍

  • Le 28 mars à 23:19, par Marcel En réponse à : Aux confins des vergers...

    Terreux, croit dans le caractere fondamentalement incontrolable de la nature, d’une comprehension intuitive du monde, er de recherches de solutions idiosyncratiques et presentes, et romantiques, d’organisation organique des formes, de materiaux naturels, s’accommodant de la degradation et de l’usure, etant a l’aise avec l’ambiguite et la contradiction dans l’expansion de l’information sensorielle. C’est le corps et non le language qui est le depositaire de la connaissance et de la technique. Nature....TAO . Toutes choses sont impermeables. Toutes choses sont imparfaites. La grandeur reside dans les details discrets et negliges, affinites avec le mineur et le cache, l’indecis et l’ephemaire. Dans sa forme la plus pure, s’interesse aux traces fragiles, ces faibles preuves aux frontieres du non-etre. La simplicite, propice aux reveries apaisantes : un etat de grace auquel on parvient par l’action heureuse d’une intelligence empreinte de sobriete, modestie et sincerite , et de poesie. Beau job

  • Le 28 mars à 23:21, par Marcel En réponse à : Aux confins des vergers...

    Terreux, croit dans le caractere fondamentalement incontrolable de la nature, d’une comprehension intuitive du monde, er de recherches de solutions idiosyncratiques et presentes, et romantiques, d’organisation organique des formes, de materiaux naturels, s’accommodant de la degradation et de l’usure, etant a l’aise avec l’ambiguite et la contradiction dans l’expansion de l’information sensorielle. C’est le corps et non le language qui est le depositaire de la connaissance et de la technique. Nature....TAO . Toutes choses sont impermeables. Toutes choses sont imparfaites. La grandeur reside dans les details discrets et negliges, affinites avec le mineur et le cache, l’indecis et l’ephemaire. Dans sa forme la plus pure, s’interesse aux traces fragiles, ces faibles preuves aux frontieres du non-etre. La simplicite, propice aux reveries apaisantes : un etat de grace auquel on parvient par l’action heureuse d’une intelligence empreinte de sobriete, modestie et sincerite , et de poesie. Beau job

  • Le 29 mars à 12:13, par Dom En réponse à : Aux confins des vergers...

    Merci Nico pour cette balade en son, lumière et poésie.
    J’ai compté sur les réminiscence olfactives pour compléter le beau tableau.

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