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Plantation

30 mars, par Nico

Il y a un proverbe qui dit : "À la Sainte-Catherine (20 novembre), tout bois prend racine".
... et ici dans le haut de Telgruc, il y a un complément qui dit : "ça marche aussi à la Saint Amédée (30 mars), mais il va falloir arroser !"
...maxime qui peut être éventuellement complétée par ; "et à partir de la Saint Benoît-Jo’ (-seph, 16 avril), ça commence à être chaud !"...

Bonjour !

La plantation d’arbres se fait en effet pendant la phase de repos végétatif (quand l’arbre n’a plus de feuilles) donc en hiver. Que signifie le premier proverbe ?
Plus un arbre sera planté tôt, plus il aura des chances de reprise. Déplanter et replanter un arbre générant en effet un stress à la plante, il vaut mieux, en théorie, et quand on peut, planter tôt en saison pour que la terre ait bien le temps de se tasser autour des racines, que l’arbre "s’habitue" à son nouvel emplacement avant le redémarrage de la végétation au printemps.

Têtes

Une plantation tardive comme celle que nous terminons cette semaine, est plus délicate à gérer, génère plus de stress pour les arbres et nécessite un suivi encore plus rigoureux pendant toute la première saison, notamment en termes d’arrosages.

La reprise n’étant considérée comme acquise qu’à l’automne suivant, voire au prochain printemps.

La pire des situation pour l’arbre étant une plantation tardive avec une période de sécheresse printanière à suivre...

Mais alors, pourquoi vous plantez fin mars, si c’est si compliqué ?

Très bonne question, merci de nous l’avoir posée.

1) Une histoire de planning de saison :

À la sainte Catherine (quelle date déjà ? ... 20 novembre !... bien !), nous sommes en pleine saison de ramassage/pressage, il n’est pas envisageable d’espérer pouvoir faire autre chose à ce moment là. La saison se termine généralement autour du 20 décembre, après y’a le père noël, le jour de l’an, tout ça, donc on est déjà le 2 janvier et rien n’est encore planté.

Jauge

2) une histoire de sol et d’eau

À partir du 2 janvier, donc en théorie, c’est feu vert en terme de planning (il y a aussi la taille de tous les vergers à gérer, les mises en bouteilles, etc... mais on peut un peu plus facilement articuler ces différents chantiers entre eux, nous sommes moins "dans l’urgence" qu’à l’automne).

À partir de cette date, c’est l’état du terrain à planter qui va définir le top départ d’un chantier de plantation. On plante dans une terre "ressuyée", c’est à dire pas détrempée, pas dans la boue, sinon, aïe aïe aïe, pas glop !...

Ce début d’année 2018, n’en déplaise à Eric de Quimper, a été particulièrement pluvieux. 360mm de flotte depuis début janvier, il faut le temps que la terre absorbe tout ça, et que le soleil printanier commence à l’évaporer.

De la flotte...
...de la flotte...
...encore de la flotte !...

Donc, en gros depuis le début de l’année, on attend que ça aille mieux (vous aussi ?!.. ah, d’accord...), mais ça ne peut pas durer éternellement non plus parce qu’à un moment (qui n’est pas loin d’être maintenant), la végétation repart, et l’arbre a besoin d’avoir les racines ancrées quelque part pour puiser dans le sol ses nutriments et vivre.

Plus on attend, moins de temps on aura pour planter.

C’est un peu comme la dissert’ de philo qu’on sait qu’on a à rendre pour lundi dans 15 jours, si on attaque le dernier dimanche soir à 21h, il va falloir se faire un peu violence pendant la nuit pour remplir de la copie double et être prêt pour le lendemain 8h. (Ou alors parier sur un éventuel délai accordé par le professeur, à titre exceptionnel parce que : "mon chien à mangé ma copie ce matin en buvant son café", et lui déposer dans son casier en salle des profs avant 17h...). Non, je sais, ça n’a rien à voir, mais c’est juste pour l’exemple...

Notre date butoir, pour de la plantation de pommiers, on la fixe arbitrairement à début avril. On a déjà planté jusqu’au 15 avril, sans soucis, mais l’arrosage est alors indispensable pendant tout le printemps, et ce surtout s’il fait sec.

Oui, parce que j’ai déjà eu l’occasion de vous parler de la loi de Murphy, dite de "l’emm**dement maximum", et qu’on peut résumer par le précepte suivant : "Quand une situation est susceptible de mal tourner, il y a environ 100% de chances pour qu’elle tourne mal".

À la plantation la loi de Murphy s’applique en général de cette façon :

  • Début janvier on se dit : "pourvu qu’il fasse sec les deux prochains mois"
    résultat : 360mm, le sol trempé ; la bouillasse, etc...
  • Fin mars à la fin d’un chantier dans des conditions compliquées et humides on se dit : "maintenant, pourvu que le printemps ne se traduise pas en 3 mois de sécheresse, et pourvu qu’il pleuve régulièrement (pas beaucoup mais de façon régulière genre 30mm tous les 10 jours)"
    résultat : pas une goutte de flotte d’ici mi-juillet...

...
Non, mais sinon, ça ne serait pas drôle, non plus...
...

Plantation, mode d’emploi :

Depuis une semaine, on a planté environ 150 pommiers "haute-tige"

Le "haute tige" c’est ça :

Haute-tige à la plantation
Verger Haute-tige adulte

à la différence du "basse-tige" :

Basse-tige à la plantation
Verger basse-tige adulte

Voilà comment ça se passe :

1) Aligner / Tuteurer

Donc on a d’abord notre parcelle (prairie) qui va accueillir le verger. Avant de commencer à planter les arbres, on va en amont, gérer l’alignement en plantant tous les tuteurs.
C’est là que l’alignement se fait, c’est là que ça se joue. Pour comprendre le principe, il faut se replonger un peu dans les maths de collège, tiens, toi en 5ème 21 qui râle sur Pythagore que soi-disant ça ne sert à rien, etc.. Volià une application concrète !

Le piquetage
Piquetage
Exercice 4 page 12

2) Recevoir les arbres

Une fois qu’on a aligné nos tuteurs, si on a à peu près géré la date de livraison avec le pépiniériste, les arbres arrivent "racines nues", c’est à dire qu’ils ont été arrachés dans la pépinière, la veille par exemple et qu’il va nous falloir les remettre en terre au plus vite, avant que les racines ne se dessèchent. (disons qu’on a environ une petite semaine de délai à l’ombre à l’humidité sans grosse chaleurs).

S’il y a beaucoup d’arbres, ou bien qu’il n’est pas possible de planter dans ce délai (météo) il faut mettre les arbres "en jauge", c’est à dire les placer à un endroit provisoire où les racines seront recouvertes de terre ou de sable en attente de plantation définitive. On viendra piocher dans cette jauge les arbres au fur et à mesure de l’avancement du chantier de plantation

En jauge...

3) Planter

Allez hop c’est parti !

Le kit

On va installer les arbres sur leur emplacement définitif, collés à leurs tuteurs. Nous utilisons la technique dite "de la planche à planter".

  • Le principe, c’est de repérer grâce à une planche échancrée en son centre le placement du tuteur.
  • On pose ensuite deux jalons en bouts de planche.
  • On retire la planche, on creuse le trou.

*Pourquoi une mini-pelle ? Pourquoi pas une bêche ou une tarière ?

  • Planter à la bêche, on l’a eu fait... (on a des douleurs de dos qui reviennent rien que d’y repenser..)
  • La tarière est absolument à proscrire car la terre se trouvera lissée sur les bords du trou (encore plus en condition un peu humide), formant une "semelle" qui va sécher et durcir et que les racines ne pourront pas traverser. L’arbre va végéter voire pourrir, car l’eau restera stagner à son pied également. C’est l’équivalent en vertical de la semelle de labour que peut créer une charrue dans un sol argileux non ressuyé..
  • La mini-pelle est vraiment l’outil idéal pour nous, elle permet un travail propre, économise nos dos, et ameublit la terre sur une surface plus importante.
Gratte, gratte, gratte !
  • On repositionne la planche, le tuteur dans l’échancrure retrouve sa place exacte dans l’aligenment, on l’enfonce solidement.
Habillage 1
Habillage 2
  • Il ne reste plus qu’à positionner l’arbre, préalablement "habillé" (rabattage des racines et des branches) contre ce dernier, point de greffe face aux vents dominants.
Le krew
  • On ajoute un peu de compost, on remet la terre, on tasse pour bien la faire coller aux racines
  • Protéger l’arbre avec un filet anti-chevreuils (indispensable !!)
Protection chevreuils
  • Attacher l’arbre au tuteur
Planté, protégé, tuteuré
  • C’est prêt !
  • *On peut, en complément pailler sur 1m de diamètre au pied de l’arbre. Le paillage gardera l’humidité du sol, limitera la concurrence de l’herbe, et favorisera la pousse de l’arbre.

C’est mieux en animation :

Animation !

C’est encore mieux, résumé en vidéo :

La plantation en 2mn chrono !

La planche à planter, c’est le secret de beaux alignement dits : "nord-coréens" ! Et ça simplifie et accélère le moment de la plantation, où on ne se demande pas si l’arbre est aligné ou non, puisque tout a été anticipé. On s’occupe juste de planter.

On relève la tête en fin de journée pour vérifier et/ou admirer l’alignement, qui, à quelques rares exceptions près est normalement presque parfait. Le petit plaisir du planteur, en fin de journée c’est de se placer derrière un arbre et de vérifier l’alignement des rangs :

dans un verger planté en rangs nord-sud par exemple :

  • Nord-sud d’abord,
  • Est ouest ensuite,
  • et ensuite, les "diagonales" (qui sont en fait des bissectrices) :
  • Diagonales 1 (bissectrice de l’angle à 90°nord-sud - est-ouest) : nord ouest -sud-est et sud-ouest nord-est
  • Diagonales 2 (bissectrices de l’angle à 45° nord-ouest - sud est et ouest-est par exemple) : nord-ouest -est-sud-est par exemple.
Lignes et diagonales
Matos

Généralement sur les rangs est-ouest nord-ouest, pas de soucis, on ne voit "qu’une seule tête" ; quand ça le fait sur la diagonale 1, on est déjà contents ; alors quand on arrive à un alignement parfait sur la diago 2, c’est à ce moment là qu’on parle d’alignement "nord-coréen", comme Jen-Jong-Un nous l’explique ci-dessous :

Jen-Jong-Un

Qui a dit : "gros maniaque"...?
Oui, un peu...
Mais c’est aussi plus facile d’entretien derrière, le tracteur n’aura pas besoin de slalomer pour broyer l’herbe, et pourra travailler en tous sens en ligne droite.

Un exemple vu du ciel :

Avant la "planche à planter"...
Après la "planche à planter" !

Bon, j’éspère que le flot d’information n’a pas été trop lourd à digérer, n’hésitez pas, si vous voulez des précisions à nous demander en utilisant la partie "ajoutez un commentaire", nous y répondrons avec plaisir !

Pour se détendre, après cet article encore très long, voici quelques rencontres qu’il est possible de faire sur un chantier de plantation :

Grenouille rousse
Grenouille rousse
Salamandre
Salamandre en devenir
Musaraigne
Vipère Péliade

Ce dont on a pas parlé dans cet article :

  • Les sécateurs perdus dans la terre, retouvés au bout d’un an
  • Les chutes dans les trous (on les garde pour le bêtisier)
  • Les cailloux, voire mégalithes, rencontrés pile à l’emplacement d’un trou
  • Les flexibles hydrauliques qui lâchent, les pannes en tous genres
  • Les 5 manches d’outils cassées
  • Les erreurs de variétés par rapport au plan. À déplanter et à replanter
  • Les embourbements de la minipelle...

etc...

* Une référence cinématographique de type "film culte de notre enfance" se cache dans cet article. Envoyez vos réponses à mimisiku@rozavern.fr

Vos commentaires

  • Le 3 avril à 05:59, par n. bouchet En réponse à : Plantation

    Très bel article écrit par un vrai passionné. Bravo à vous.

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